histoire et mémoire : le 01 mai

BLACK FRIDAY

« LE TEMPS VIENDRA OÙ NOTRE SILENCE SERA PLUS PUISSANT QUE LES VOIX QUE VOUS ÉTRANGLEZ AUJOURD’HUI », August Spies

Capture d’écran extraite du film Howerd Zinn : unne histoire populaire américaine, Du pain et des roses, Olivier Azam, Daniel Mermet, 2015

FENÊTRE SUR COUR III

Après l’incendie au quatrième étage, une fenêtre palière au double vitrage du 6e explosée : le feu ? les pompiers ? un habitant ? La cour jonchée de débris de verre, nous balayons activement pour évacuer l’angoisse de confinés qui auraient pu, sans l’intervention des secours, au mieux se retrouver à la rue, au pire, pour ceux bloqués dans l’immeuble, être asphyxiés, brûlés vifs. Nous balayons nous balayons nous balayons. Nous balayons notre peur, nous étonnant de la multitude de débris minuscules, commentant abondamment par des « il y en a encore » et des « c’est sans fin » .

Oui, encore, c’est bien cela, nous sommes encore là, nous ne sommes pas partis en morceaux, tels ces bris de verre dont le stock paraît inépuisable, dont il nous semble que nous ne parviendrons jamais à bout, sans compter les tous petits éclats qui se sont glissés-cachés sournoisement dans les pots de fleurs, attendant leur heure. Mais nous sommes vivants, sans doute n’en revenons-nous pas nous-mêmes, stupéfaits devant la rapidité vertigineuse du déplacement de la fumée noire de fenêtre en fenêtre sur la rue, quelques instants auparavant, et des innombrables morceaux de verre que l’explosion d’une seule fenêtre a produits.

Cécile, au rez-de-chaussée, ne pourra plus prendre de bains de soleil pour l’instant, et la chasse aux œufs prévue demain dans la cour par les parents de l’immeuble pour leurs enfants n’aura pas lieu.

Isabel Voisin, le 11 avril 2020